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  • Photo du rédacteurChristophe Nourissier

Les avantages des crédits carbone pour le béton de chanvre (au sein de l'UE)



Une nouvelle génération de crédits carbone basées sur la nature est enfin arrivée dans l'Union Européenne ! La capture du carbone biogénique par le béton de chanvre est une bonne illustration de la façon dont de nouveaux crédits peuvent combiner à la fois les avantages des solutions baésées sur la technologie et la nature. Considérés techniquement comme une solution naturelle selon la qualification du CRCF, ces crédits apportent d'immenses avantages écologiques, sont entièrement renouvelables et circulaires tout en assurant la permanence et la protection contre les inversions et les crédits uniquement basés sur la technologie (DACCS, biochar, BECCS...).


Il s'agit d'une bonne nouvelle, car il y a toujours un trop plein de carbone dans l'atmosphère (des milliards de tonnes en trop). Depuis la révolution industrielle, nous avons émis plus de 2 000 gigatonnes de CO2 . En mai 2023, le dioxyde de carbone a atteind 424 particules par millimètre ou ppm. Pour enrayer le changement climatique, nous devons donc non seulement cesser d'émettre du CO2, mais aussi en retirer suffisamment de l'atmosphère pour revenir aux niveaux préindustriels (environ 300 ppm).



Toutefois, selon le rapport 2023 sur l'état de l'élimination du dioxyde de carbone(1), l'homme émet encore environ 50 Gt/an de CO2 par an (sans parler des autres gaz à effet de serre (GES)). Or, la capacité totale des puits de carbone existants dans le monde n'est que de 2 Gt/an. Jusqu'à présent, nous avons donc réussi à retirer moins de 10 Gt dans l'atmosphère de manière permanente. C'est pourquoi la priorité est de réduire autant que possible nos émissions avant d'essayer de compenser les émissions incompressibles restantes. 


Voici comment devrait se dérouler la lutte contre le changement climatique pour les entreprises souhaitant compenser leur émissions : 



De facto, toutes les émissions de CO2 ne peuvent être supprimées. Par exemple, il sera toujours nécessaire de chauffer les bâtiments en hiver, et même les voitures électriques ont une empreinte carbone en termes de construction et de consommation d'énergie. Le recyclage utilise de l'énergie grise dont la production émet du CO2, même si les sources les plus durables ont un impact bien moindre par rapport aux combustibles fossiles. Une fois que les efforts de suppression ou de réduction des émissions ont atteint leurs limites, et seulement à ce moment-là, les émissions restantes peuvent être compensées par des crédits carbone.


Concentrons-nous donc sur la contribution carbone, car c'est l'objectif principal des crédits. Tout d'abord, un crédit carbone est l'équivalent d'une tonne de CO2 qui a été retirée de l'atmosphère (capture du carbone) ou qui n'a pas été émise en raison du choix d'une solution plus verte - et presque systématiquement plus coûteuse - (émissions évitées). Nous y reviendrons plus tard. Ce premier post a pour objectif d'expliquer la méthode utilisée par Augur Associates pour générer les crédits attachés au béton de chanvre.


Le cœur de la méthodologie utilisée pour générer ces crédits est une comparaison entre deux analyses de cycle de vie (ACV). Une ACV est une évaluation des impacts environnementaux associés à toutes les étapes de la vie d'un produit commercial, d'un processus ou d'un service. Par exemple, dans le cas d'un produit manufacturé, les impacts environnementaux sont évalués depuis l'extraction et le traitement des matières premières (berceau/cradle), en passant par la fabrication, la distribution et l'utilisation du produit, jusqu'au recyclage ou à l'élimination finale des matériaux qui le composent (tombe/grave).


En Europe, tous les matériaux de construction font l'objet d'une déclaration environnementale de produit (DEP - également appelée FDES en France). Ces déclarations sont obligatoires et exigent l'inclusion d'une ACV complète du produit. La comparaison de deux DEP peut donner lieu à deux types crédits : le carbone capturé et les émissions évitées.



  • Carbone capturé


En utilisant l'ACV du béton de chanvre, nous pouvons voir combien de CO2 est stocké dans ce produit. Ce carbone capturé est le résultat de l'incorporation de biomasse dans les blocs : la biomasse est extraite de plantes qui poussent en capturant le CO2 atmosphérique pour alimenter leur croissance dans un processus appelé photosynthèse (on parle de capture de carbone biogénique). Ce carbone est absorbé durablement dans la plante et restera stocké si elle est transformée en un matériau durable et définitif - dans notre cas, le béton de chanvre, qui restera déployé pendant 100 ans(2). En d'autres termes, le CO2 extrait de l'atmosphère par la plante de chanvre restera dans le béton de chanvre pendant 100 ans avant que ce dernier ne soit recyclé pour un nouveau cycle de stockage (moins les émissions de CO2 causées par le processus de recyclage) ou mis hors service et laissé dans une décharge.


NB : le béton de chanvre peut également être utilisé comme compost, ce qui permet de transférer le carbone dans le sol où il est déposé. Le carbone restera stocké dans le sol à moins que celui-ci ne soit endommagé (ex : labourage).



  • Émissions évitées


Une fois le béton de chanvre produit et le carbone biogénique déduit, le béton, soit sous forme de blocs soit sous forme brute, est déployé sur un chantier de construction. Dans presque tous les cas, il est utilisé pour remplacer un autre matériau de construction plus émetteur en CO2 - par exemple, le béton. Pour garder cet exemple, le béton émet environ 200 kg de CO2 par m3(3) alors que les émissions du béton de chanvre sont négatives ou proches de 0. Il est donc possible à ce moment de mesurer la différence d'émissions et de la transformer en crédits d'évitement. Bien que de moindre valeur (ces crédits ne contribuent pas à réduire la surabondance de CO2 dans l'atmosphère), ils peuvent être utilisés pour financer des solutions moins polluantes, permettant ainsi de financer la transition vers une économie plus verte. 


Pour calculer les émissions évitées, l'empreinte carbone du béton de chanvre doit être comparée aux émissions du produit substitué (également appelé scénario de référence ; ici, le béton). Ces deux valeurs sont couvertes par l'ACV présente dans la DEP de chaque produit. La différence entre les deux scénarios d'émissions est ensuite convertie en crédits d'évitement. 



Les projets de béton de chanvre d'Augur Associates couvrent à la fois le carbone capturé et les émissions évitées. Les crédits sont différenciés et vendus séparément, à un prix différent, afin que les acheteurs sachent exactement à quoi ils contribuent par leur achat. Ces crédits sont totalement transparents et peuvent être retracés jusqu'au site de construction spécifique et cela, jusqu'au moment où le béton de chanvre atteint sa fin de vie.


Ces deux types de crédits sont également rétrospectifs; c'est à dire qu'ils sont basés sur un tonnage tangible réel de matériaux finaux qui sont comptés à la fin de chaque année et convertis en crédits. Par le passé, les crédits étaient principalement prospectifs - ils étaient basés sur une estimation du carbone qui sera capturé dans le futur. Par exemple, les arbre sont réputés vivre une soixantaine d'années, avec une prise en compte des risques auxquels ils sont exposés au cours de leur vie (incendies, maladies, déforestation, ravageurs...). Mais cette couverture risque est souvent dénoncée comme étant insufficante (un constant qui ne fait que s'empirer avec le changement climatique). À titre d'exemple, la totalité du "tampon de sécurité" pour les projets forestiers en Californie a été brûlée lors des seuls incendies de l'été 2023. Par conséquent, toutes les pertes d'arbres futures seront concrètement des crédits vendus alors qu'aucun carbone n'a été retiré de l'atmosphère. Cet écueil ne peut se produire avec les crédits rétrospectifs et les méthodologies d'Augur.


Mais le carbone n'est pas le seul et unique défi auquel nos sociétés sont confrontées. Plusieurs autres questions sont éminament problématiques - et le béton de chanvre contribue également à la résolution d'un grand nombre d'entre elles. Ces objectifs environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux ont été compilés par les Nations Unies sous le nom d'Objectifs de Développement Durable pour 2030 - le plan d'action pour atteindre un avenir meilleur et plus durable pour tous et toutes. Lorsqu'ils sont associés à un projet de crédit carbone, ces autres impacts positifs (non liés au carbone) sont appelés co-bénéfices. 


La production de béton de chanvre contribue à résoudre un certain nombre de problèmes mis en évidence par les Nations Unies et les travaux de recherche sur le rôle crucial de la plante de Cannabis sativa L. dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies pour 2030(4). En voici les principaux :



  • ODD 6 : Garantir l'accès de tous et toutes à des services d'approvisionnement en eau et d'assainissement gérés de manière durable


L'humanité consomme trop d'eau. Un récent rapport de l'ONU-Eau et de l'UNESCO a mis en évidence le "risque imminent d'une crise mondiale de l'eau". Cette mise en garde fait écho au rapport des experts climatiques de l'ONU (GIEC) publié en mars dernier (2023), selon lequel "environ la moitié de la population mondiale est exposée à un risque de "grave pénurie d'eau pendant au moins une partie de l'année".


Dans un monde où, au cours des 40 dernières années, l'utilisation de l'eau douce a augmenté de près de 1 % par an, tout moyen de réduire la consommation est le bienvenu. Selon les chiffres du gouvernement français, l'agriculture est le plus gros consommateur d'eau, représentant 45 % de la consommation d'eau dans l'Hexagone. 


L'industrie, et en particulier la construction, n'est pas en reste avec 3,3 milliards de m3 d'eau, représentant 10 % des prélèvements mais 25 % de l'eau consommée (eau qui n'est pas ensuite rejetée dans l'environnement). Par exemple, la transformation du ciment en béton nécessite un dixième de l'eau utilisée dans l'industrie au niveau mondial. Cela pèse souvent sur l'approvisionnement en eau potable, car 75 % de cette consommation a lieu dans des régions souffrant de sécheresse et de stress hydrique. 


Le béton de chanvre offre une solution à ces deux problèmes. Déjà, la culture de la plante a de faibles besoins en eau. En raison de la configuration de son système racinaire (racines profondes et pivotantes), le chanvre est une culture résistante à la sécheresse. Dans la grande majorité des cas, les réserves du sol sont suffisantes et l'irrigation n'est pas économiquement justifiée(5). Il retient également plus d'eau dans le sol où il est cultivé, ce qui peut également affecter les autres cultures en rotation. Selon le rapport de la CNUCED(6) intitulé "Commodities at a Glance : Special Edition on Industrial Hemp", la culture du chanvre permet par exemple d'augmenter le rendement du blé de 10 à 20 %.


De plus, la production de béton de chanvre elle-même a de très faibles besoins en eau (utilisation nette d'eau douce : 3,49E-01 m3/UF) et aucune opération d'entretien ou d'utilisation d'eau n'est nécessaire pendant sa durée de vie.



  • ODD 7 : Garantir l'accès de tous et toutes à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable


Les économies d'énergie sont l'un des principaux leviers, si ce n'est le principal, pour garantir que nous disposions de sources suffisantes et abordables pour répondre à nos besoins fondamentaux.


La production des matériaux de construction traditionnels est très énergivore(7) - environ 700 kW/m 3 pour les briques pleines, 450 kW/m 3 pour les briques alvéolées et 450 kW/m 3 pour le béton. Leur prix dépend donc directement des prix de l'énergie. Le béton de chanvre, quant à lui, ne nécessite aucune énergie de cuisson ou de traitement une fois que la chènevotte qui le constitute a été isolée du reste de la plante. Une fois que le secteur sera à l'échelle, le béton de chanvre devrait donc devenir une solution peu coûteuse et moins polluante que les alternatives sur le marché de la construction et de l'isolation.


Une fois mis en œuvre, le béton de chanvre peut également améliorer la performance énergétique, grâce à sa faible conductivité thermique (0,065 W/mK) et à sa capacité à stocker la chaleur dans le mur. A cela s'ajoute l'échange de la vapeur d'eau contenue dans l'air avec le béton de chanvre, qui permet d'absorber passivement les variations quotidiennes de température et d'hygrométrie d'un bâtiment.


Dans le cadre de l'étude menée par le Cerema Ile de France pour le compte de Construire en Chanvre, avec le soutien financier du Ministère de la Transition écologique, des simulations ont montré que le transfert couplé de chaleur et d'humidité au sein des murs en béton de chanvre permet de réduire les besoins de chauffage du bâtiment de 20 kWh/m2/an(8). En d'autres termes, les 30 cm de béton de chanvre se comportent "énergétiquement" comme 22 cm de laine de chanvre. Cela peut représenter une économie de chauffage allant jusqu'à 70% dans le cas d'un bâtiment performant.



  • ODD 8 : Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous et toutes


Quand on pense à l'industrie, on pense souvent à des activités qui consomment beaucoup d'énergie et émettent du CO2. Pourtant, la réindustrialisation d'un pays comme la France, qui dispose d'une électricité parmi les moins carbonées au monde, est un puissant levier pour réduire notre empreinte carbone. A cela s'ajoutent les baisses d'émissions liées au transport des matières premières et des produits finis importés.  En 2016, l'empreinte carbone de la France s'élevait ainsi à environ 660 millions de tonnes de CO2eq, tandis que les émissions totales liées à la production nationale s'élevaient à 440 millions de tonnes. Selon le rapport "Avenir énergétique 2050" de RTE(9), un tiers des émissions liées à la consommation française sont donc ratéchée à nos importations.


Les estimations de l'Insee montrent que les trois quarts de l'énergie finale consommée par les ménages proviennent de l'énergie grise nécessaire à la production des biens importés et consommés(10). La réindustrialisation de la France jouerait donc un rôle bénéfique dans la réduction de son empreinte carbone. Sans compter la "résilience" accrue de la production locale, qui permet de limiter l'impact de la hausse des prix et des ruptures de la chaîne d'approvisionnement sur l'économie.


Le déclin de notre secteur industriel a fait perdre à la France un nombre considérable d'emplois : il n'y a plus que 2,7 millions d'emplois dans l'industrie. L'objectif national est de porter le secteur industriel à 20 % du PIB, ce qui porterait les effectifs à 4,5 millions d'emplois, soit 1,8 million de plus qu'aujourd'hui. 


Ainsi, l'industrie "made in France" créerait également des emplois locaux qualifiés. Ces emplois ont un effet vertueux en cascade : les économistes estiment qu'un emploi créé dans l'industrie entraîne la création de 3 emplois dans le secteur des services : transport, bureaux d'études, maintenance, sécurité, magasin, etc.


En raison des coûts de transport et de la densité relativement faible de la chènevotte, il est assez peu intéressant de l'importer. En conséquence, l'activité liée à cette matière première est un facteur de développement de l'emploi local et non délocalisable.


Plus largement, la reconnaissance de l'impact environnemental positif du chanvre-béton par le biais du crédit carbone devrait permettre de renforcer cette tendance ainsi que de maintenir et de renforcer les filières locales d'excellence en matière de culture du chanvre, de première transformation et de seconde transformation.

De même, en raison de ses besoins énergétiques quasi nuls et de sa non-dépendance vis-à-vis de l'eau, le béton de chanvre, s'il était plus largement utilisé, permettrait aux pays dit "en voie de développement" de construire des chaînes de production durables qui contribueraient à la croissance dans les zones rurales et renforceraient leur diversification économique. "La culture du chanvre peut aider à maximiser l'utilisation des terres et contribuer à augmenter les revenus des agriculteurs et des communautés rurales", note le rapport de la CNUCED sur le chanvre(11). là aussi, soutenir son développement permettra de réduire les coûts de production et de le rendre plus accessible et compétitif.



  • ODD 9 : Construire une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et toutes, et encourager l'innovation.


Le béton de chanvre présente de nombreux avantages écologiques par rapport aux autres matériaux de construction minéraux qui dominent le marché. Par exemple, la fabrication d'une tonne de clinker, utilisé dans le ciment, nécessite l'extraction de 1,6 tonne de calcaire, un matériau non renouvelable.


De même, le sable est une ressource qui n'existe qu'en quantité limitée sur la planète. Pourtant, il est utilisé dans environ 200 applications quotidiennes, de la filtration de l'eau à la fabrication de microprocesseurs et de produits de haute technologie, en passant par le verre et le béton (ce dernier utilisant 3/4 du sable extrait selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement(12)). Cette diférence avec le béton de chanvre n'est pas négligeable quand on sait que jusqu'à 40 milliards de tonnes de sable sont extraites chaque année, selon l'ADEME(13) (Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Ce chiffre pourrait atteindre 50 gigatonnes par an d'ici 2030(14). Le sable est le deuxième matériau le plus utilisé dans le monde après l'eau. Il faut 200 tonnes de sable pour construire une maison et 30 000 tonnes pour construire un kilomètre de route. En raison de la croissance démographique, de l'évolution des modes de consommation et de l'urbanisation croissante, la demande de sable a triplé au cours des deux dernières décennies.


Le béton de chanvre, quant à lui, est composé de 3 éléments :


  • la chènevotte (environ 80%);

  • un liant (généralement de la chaux);

  • de l'eau.


La plante de chanvre pousse tous les ans, se régérénant a fil des cycles de culture, ce qui réduit les besoins en ressources minérales rares et polluantes nécessaires à la fabrication des matériaux de construction conventionnels.


La plante de chanvre pousse à l'air libre et s'adapte généralement à la plupart des climats, types de sol et altitudes. Elle n'a pas de prédateurs naturels ni de maladies propres, ce qui facilite la fiabilité de l'approvisionnement. Elle ne nécessite pas d'importation de matières premières et d'énergie, ce qui renforce l'indépendance stratégique nationale et donc la durabilité du secteur français de la construction (une grande majorité de l'énergie utilisée par l'industrie en France est encore d'origine fossile - et donc importée).



  • ODD 11 : faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts, sûrs, résilients et durables pour tous et toutes


La principale matière première du béton de chanvre est la partie boisée de la tige (chènevotte), une ressource renouvelable dont la culture régénère également le sol. Ce matériel permet donc de s'éloigner des modèles extractifs basés sur des ressources limitées et une forte consommation d'énergie et d'eau (comme on l'a vu avec les ODD 6, 7 et 9). Il nous permet ainsi de réduire l'impact de nos villes.


De plus, ses meilleures performances thermiques permettent de réduire significativement les besoins en énergie de chauffage des bâtiments (de 30 à 70% de besoins d'énergie en moins), ce qui signifie que les bâtiments en chanvre seront moins énergivores. Ce qui n'est pas négligeable : en France, plus de 60 % de la facture énergétique des ménages concerne le chauffage. C'est donc le principal poste de dépense à réduire.


Ces effets pourraient également bénéficier aux pays dits "en voie de développement" : le marché mondial du chanvre pourrait ainsi atteindre 18,6 milliards de dollars en 2027, soit près de quatre fois le montant de 2020, selon l'agence de l'ONU CNUCED(15). "Facile à cultiver et dotée d'un vaste potentiel environnemental et économique, la culture du chanvre industriel se présente comme un moyen d'alimenter la croissance de chaînes de valeur durables sur les marchés locaux et régionaux pour de nombreux pays en développement", précise le rapport.


La recherche a montré que le béton de chanvre, une fois arrivé en fin de vie, peut par ailleurs être entièrement recyclé, concassé ou utilisé dans la construction en remplacement des granulats dont la production (notamment les sites d'extraction) est responsable d'impacts environnementaux importants. Les granulats issus de roches meubles (alluvions, granulats marins, autres sables), de roches massives (calcaires ou roches éruptives), ou de recyclage (matériaux de démolition ; laitiers, schistes et granulats issus de l'incinération de déchets non dangereux) représentent respectivement 36 %, 55 % et 9 % des émissions. Les granulats issus de roches massives proviennent à parts presque égales de calcaire et de roches éruptives. 


De plus, le béton de chanvre est entièrement compostable, ce qui signifie que le carbone biogénique capturé par la plante peut être transféré au sol pour une période illimitée, à condition qu'il ne soit pas exposé à des pratiques agricoles non durables.


Plus largement, l'utilisation du chanvre dans les produits de construction permet de passer d'un modèle extractif basé sur des ressources minérales limitées, à un modèle circulaire basé sur des cycles de culture et renforçant le stockage du carbone en surabondance dans notre atmosphère. Ainsi, et grâce à ses vertus pour le sol décrites plus haut, il apparaît comme un acteur substantiel de la transition du secteur de la construction et du renforcement de la durabilité de nos modes de consommation.



  • ODD 13 : Prendre des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique et ses effets


Le captage biogénique et les émissions évitées grâce à l'utilisation de béton de chanvre à la place de matériaux minéraux conduisent à une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre, entraînant la production de crédits carbone. Ce processus est détaillé dans les PDD des projets qu'Augur Associates soutient.



  • ODD 15 : conserver et restaurer les écosystèmes terrestres en veillant à leur utilisation durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre un terme à l'appauvrissement de la biodiversité.


Les activités humaines ont tendance à avoir un impact sur les écosystèmes voisins. Cela se produit principalement du fait de l'artificialisation des sols, qui chasse les êtres vivants dont l'habitat est remplacé. L'utilisation du béton de chanvre permet de réduire l'artificialisation des sols (carrières, usines, sites de traitement des déchets), qui est aujourd'hui l'une des principales causes du changement climatique et de l'érosion de la biodiversité. Selon le ministère français de la Transition écologique(16), l'étalement de notre urbanisation et de nos infrastructures se fait sur entre 20 000 et 30 000 hectares chaque année. Cette réduction est préjudiciable à la biodiversité, au climat et à la vie terrestre en général :


  • Perte accélérée de la biodiversité : la transformation d'un espace naturel en terre imperméabilisée modifie considérablement ou détruit l'habitat des espèces animales ou végétales locales, et peut conduire à leur disparition d'un territoire.

  • Réchauffement climatique : les sols artificiels n'absorbent plus le CO2. Les sols artificiels contribuent donc au réchauffement climatique.

  • Augmentation du risque d'inondation : Par définition, un sol imperméabilisé n'absorbe pas l'eau de pluie. En cas de fortes intempéries, les inondations sont donc amplifiés.

  • Diminution de la capacité des terres agricoles à nous nourrir : l'artificialisation entraîne une perte de productivité agricole et limite la production alimentaire dans nos régions.

  • Augmentation des dépenses de réseaux : pour être accessibles et fonctionnelles, les terres artificialisées nécessitent également de nombreux travaux d'entretien et d'aménagement (routes, électricité, assainissement), ce qui est coûteux et s'ajoute souvent à d'autres nuisances pour la biodiversité (nuisances sonores, pollution lumineuse, pollution de l'air et de l'eau)...

  • L'aggravation de la fracture territoriale : L'étalement urbain et la construction en périphérie des villes renforcent également la fracture sociale déjà existante, notamment en reléguant une partie de la population à la périphérie des centres-villes, entraînant la désertification des zones rurales et la fermeture des petits commerces.


De plus, les plantations de chanvre sont des réservoirs de biodiversité, comme le souligne l'analyse de cycle de vie réalisée par l'INRAE sur le chanvre(16) : l'effet tampon de la canopée et la litière de feuilles au sol sont des atouts majeurs, fournissant abri, humidité et nourriture à tous les organismes vivants qui vivent dans la même zone.


  1. The State of Carbon Dioxide Removal report (2023)

  2.  Bloc de béton de chanvre BIOSYS® BCE d'épaisseur 30 cm (v.1.1) - INIES 

  3. L’empreinte carbone du béton - Infociments (2022)

  4. Sustainable Cannabis Policy Toolkit (Cannabis & Sustainable Development) - FAAAT (2021)

  5.  Les atouts du chanvre – Terres Inovia (2019)

  6.  Commodities at a glance: Special issue on industrial hemp – CNUCED (2022)

  7.  Éco-construction d'un bâtiment à énergie positive - UNVED

  8.  Performance énergétique des bâtiments : une étude montre que le béton de chanvre consomme très peu d’énergie – CEREMA (2021)

  9.  Futurs énergétiques 2050 - RTE (2021)

  10.  L’emprise énergétique, une façon nouvelle de regarder la consommation d’énergie – INSEE

  11.  Commodities at a glance: Special issue on industrial hemp – CNUCED (2022)

  12.  Rising demand for sand calls for resource governance – PNUD (2019)

  13.  Le sable, une ressource qui pourrait bien nous filer entre les doigts – ADEME (2016)

  14.  Sand, rarer than one thinks – UNIGE (2014)

  15.   Commodities at a glance: Special issue on industrial hemp – CNUCED (2022)

 Artificialisation des sols - Ministère de la transition écologique (2022)
















Découvrez d'autres domaines dans lesquels la plante de chanvre peut contribuer à la réalisation des ODD de l'ONU pour 2030 dans le Cannabis Sustainable Development Toolbook (publié par FAAAT et dirigé par le chercheur indépendant Kenzi Riboulet-Zemouli). 2021











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